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Full text of "Notre-Dame de la Salette"

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Notre-Dame de La Salette, Réconciliatrice des pécheurs. 
Priez sans cesse pour nous qui avons recours à vous. 

(300 jours d'indulgence, Pie XI) 



Nihil Obstat 



28 janvier 1946 

Elméric A. DUBOIS, M. S. 
Su p. Prov. 



Nihil Obstat 

18 mars 1946 

L. P. ROUTHIER, ptre 

Censor 



Imprimatur 

20 mars, 1946 

t Matthew F. BRADY 
Evêque de Manchester 



Grenoble dans son cadre de chaînes alpestres 



La montagne de La Salette 

Les montagnes ont souvent été le théâtre de manifestations 
divines. Il semble que pour parler à l'homme Dieu veuille le 
détacher des choses de la terre et le faire monter vers le ciel. 

Sur les hauteurs, l'homme se rappelle plus facilement qu'il 
est fait pour s'élever. Il se souvient que le Christ est venu sur 
la terre pour lui montrer un sommet et lui en ouvrir à nouveau 
l'accès. 

Cela est surtout vrai à La Salette qui s'élève dans les Alpes 
françaises jusqu'à 6,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. 
Là, le ciel semble proche! Sur ces sommets, où la Toute-Puissance 



A Corps, le pays des voyants 



du Créateur fusionna si merveilleusement la blancheur des neiges 
éternelles, la terrible beauté des précipices et la triste mais douce 
solitude du désert, on oublie la terre . . . Sur la montagne de 
La Salette on prie, on médite, on pleure . . . 

La Sainte Vierge ne pouvait choisir un endroit plus favorable 
pour donner aux hommes, égarés de la voie du bien, son divin 
message de pénitence, de prière et de réparation. 

Les témoins de l'Apparition 

Le Sauveur choisit pour ses premiers missionnaires une 
douzaine de pêcheurs, hommes incultes mais foncièrement bons. 
A La Salette la Sainte Vierge suivit l'exemple de son Fils. Les 
témoins de ses larmes maternelles et les hérauts de son message 
céleste furent deux enfants, pauvres et ignorants, mais simples 
et purs de cœur: Maximin Giraud âgé de 11 ans et Mélanie 
Mathieu de 15. 



Maximin naquit à Corps (à 35 milles environ de Grenoble) 
le 27 août, 1835. Tout jeune encore, il perdit sa mère. Son père, 
le charron Giraud, se remaria; et parce qu'il aimait la buvette 
plus que son foyer, il négligea complètement l'éducation de son 
fils. La belle-mère avait ses propres enfants à surveiller. Voilà 
pourquoi le petit Maximin grandit à l'aventure, passant son 
temps à faire paître la chèvre de son père ou à jouer avec les 
gamins de son âge. 

Il alla rarement à l'école et presque jamais au catéchisme. 
Au temps de l'Apparition il récitait tant bien que mal le Pater 
et l'Ave Maria . . . mais sans comprendre le sens des mots. 

Mélanie aussi naquit à Corps, le 17 novembre, 1831. Ses 
parents étaient très pauvres. Pour vivre elle dut mendier son 
pain. Vers l'âge de 10 ans elle devint bergère et en 1846 entra 
au service de Baptiste Pra, fermier du village des Ablandins. 

Avant l'Apparition, Mélanie ne mit jamais le pied à l'école 
et alla très rarement à l'église. Elle savait le Notre Père! C'était 
une fille timide et taciturne qui n'avait rien de la turbulence de 
Maximin. 

Bien qu'ils fussent tous deux de Corps, Maximin et Mélanie 
se virent pour la première fois le 17 septembre, 1846. Au début 
du mois, Pierre Selme, du village des Ablandins et l'ami du père 
de Maximin, s'était rendu à Corps en quête d'un petit garçon 
pour remplacer son berger malade. Le charron Giraud consentit 
à laisser partir son fils, mais pour quelques jours seulement . . . 
tellement il le savait volage. C'est ainsi que Maximin devint le 
berger de la famille Selme qui possédait un pâturage voisin de 
celui de Baptiste Pra, maître de Mélanie. 

Le 18 septembre, les deux bergers firent meilleure connais- 
sance. Ils passèrent la journée ensemble et le soir, en se séparant, 
se donnèrent rendez-vous pour le lendemain: "A qui sera le 
premier sur la montagne!" 



c2. Jl r Ap,<p,GSiitia*i de la Saittte lestée 

Le 19 septembre 1846 

Le jour suivant, le 19 septembre, qui était un samedi des 
Quatre-Temps et la veille de la fête de Notre-Dame des Sept- 
Douleurs, Maximin et Mélanie gravirent ensemble le Planeau 
et firent paître leurs troupeaux sur la montagne de La Salette. 
Le temps était splendide! Un soleil radieux illuminait tous les 
sommets comme aux plus beaux jours d'été. 

Vers l'heure de midi, après avoir mangé leurs morceaux de 
pain avec un peu de fromage, les deux enfants s'endormirent, à 
quelques pas l'un de l'autre, au bord de la Petite Fontaine, dans 
le ravin tari de la Sézia. 

Leur sommeil fut calme et profond. Quand Mélanie 
s'éveilla, le troupeau n'était plus en vue. Vite, elle se dresse 
dans un souci professionnel, prend son bâton et interpelle son 
petit voisin: 

— Mémin! viens voir où sont nos vaches? 

A peine ont-ils grimpé en face d'eux la côte du Planeau, 
qu'ils les aperçoivent ruminant tranquillement au flanc du 
Gargas. Alors, rassurés, ils redescendent vers la fontaine. 

La Belle Dame . . • 

A mi-chemin, Mélanie, qui précède un peu son compagnon, 
aperçoit près de la fontaine une grande lumière, plus pure, plus 
éblouissante que celle du soleil brillant de tous ses feux. 

— Mémin, vois-tu là-bas cette grande lumière ? 

—Où? 

— Là-bas . . . 

La lumière est si forte que les enfants en sont aveuglés. Ils 
se frottent les yeux pour mieux voir ... Le globe lumineux 



s'entr'ouve et ils aperçoivent une Dame, assise sur une pierre 
de la fontaine, les coudes appuyés sur les genoux, le visage 
enseveli dans les mains, dans l'attitude d'une mère éplorée. 

C'était l'heure des premières vêpres de Notre-Dame des 
Sept-Douleurs, et l'Eglise chantait par toute la terre: "Oh! de 
quelle abondance de larmes est inondée la Vierge-Mère !" 

— Ah! mon Dieu! crie Mélanie terrorisée, en levant les 
bras au ciel tandis que son bâton roule par terre. 

Plus brave, Maximin essaie de crâner: 

— Garde ton bâton! Moi je garde le mien et je lui en donne 
un bon coup si elle nous fait quelque chose. 

Faire quelque chose? . . . Oui; mais pas ce qu'on attend. 

Reine des douleurs 

Qu'elle est émouvante la Dame inconnue assise sur la pierre 
de la Petite Fontaine, "comme une maman que ses enfants 

auraient battue" diront plus tard 
les bergers, "et qui s'est ensauvée 
dans la montagne pour pleurer." 

Tout autour d'Elle, une grande 
clarté, "comme si le soleil était 
tombé là," diront-ils encore; mais 
dans cette clarté, d'intarissables 
larmes, car elles ne cesseront de 
couler durant tout le temps de sa 
visite et de sa conversation. 

Et voici que la Dame se lève, 
très grande, majestueuse, déploy- 
ant dans ce geste son costume in- 
attendu: sur la tête, une coiffure 
qui tient du bonnet et du diadème; 

Mélanie et Maximin 




une robe blanche, semée de points brillants comme des perles, 
serrée à la taille par un .fichu et recouverte d'un large tablier. 
Elle a revêtu quelque peu le costume des paysannes du pays pour 
ne pas déconcerter les petits bergers. Mais sur ce costume et sur 
les souliers blancs, des roses, aux nuances variées, parlent de 
mystique royauté. Et sur la poitrine, comme incrusté en elle, la 
Mère Douloureue porte un crucifix lumineux accompagné des 
tenailles et du marteau de la Passion. 

Elle regarde les petits, interdits. Elle nous regarde aussi 
derrière eux et nous invite: 

— Avancez, mes enfants, n'ayez pas peur, je suis ici pour 
\ous annoncer une grande nouvelle! 

Il n'y a plus moyen d'avoir peur: la voix est trop douce 
et la Dame trop belle! Sous l'impulsion de leurs cœurs trans- 
formés et conquis Maximin et Mélanie s'élancent vers elle. Ils 
avancent si près qu'une personne n'aurait pu passer entre eux 
et la belle Dame. Leur chien, Loulou, s'approche aussi, se 
couche à leurs pieds et ne bougera pas durant tout le temps de 
l'Apparition. 

3. îbi<Lcauid, de la £ainte 

Avertissements maternels 

Quelle est cette grande nouvelle? 
Venu du ciel et transmis par une Ma- 
man douloureuse, le Message nous con- 
cerne, nous et nos péchés qui ne cesse- 
ront d'attirer des châtiments si nous 
les continuons. C'est pourquoi Notre- 
Dame pleure sur nos malheurs et par- 
le si nettement qu'il faut l'écouter avec 
émotion et respect . . . même à 100 
ans de distance: 

Maison natale de Maximin 




— Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée 
de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si lourd et si pesant 
que je ne puis plus le retenir. 

Depuis le temps que je souffre pour vous! Si je veux que 
mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans 
cesse, et vous, vous n'en faites pas cas! Vous aurez beau prier, 
beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j'ai 
prise pour vous! 

Je vous ai donné six jours pour travailler; je me suis 
réservé le septième et on ne veut pas me l'accorder. C'est cela 
qui appesantit tant le bras de mon Fils ! 

Ceux qui conduisent des charettes ne savent pas jurer sans 
y mettre le nom de mon Fils. Ce sont les deux choses qui 
appesantissent tant le bras de mon Fils. 

La Belle Dame parle aussi en prophète, annonçant les 
catastrophes qui fondront sur nous si nous ne nous convertissons 
pas. 

— Si la récolte se gâte ce n'est qu'à cause de vous. Je vous 

l'ai fait voir l'année passée par la ré- 
colte des pommes de terre, et vous n'en 
avez pas fait cas; au contraire, quand 
vous en trouviez de gâtées, vous juriez 
et vous y mettiez le nom de mon Fils. 
Elles vont continuer à se gâter et à 
Noël, il n'y en aura plus. 

A ce moment, Mélanie regarde 
Maximin. Elle ne parle que le patois, 
la pauvre petite, et ne connaît pas la 
signification du mot "pommes de ter- 
re." Mais la Dame est aussi bonne que 
belle. Elle sait ce qui se passe dans 
l'esprit de la fillette et dit: 

Maison natale de Mélanie 




1 



■ 








fin 






■■£, 1 






1 H 





— Ah! mes enfants, vous ne comprenez pas le français? Eh 
bien ? je vais vous le dire autrement. 

Et Elle reprend maintenant en patois, comme Elle parlera 
à Lourdes, à Bernadette: 

■ — Si la récolte se gâte . . . jusqu'au point où Elle s'est 
interrompue. Puis, Elle continue: Si vous avez du blé, il ne 
faut pas le semer, car tout ce que vous sèmerez, les bêtes le 
mangeront, et ce qui viendra tombera en poussière quand vous 
le battrez. 

Il viendra une grande famine, mais avant qu'elle arrive, les 
petits enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement 
et mourront dans les bras des personnes qui les tiendront; les 
grands feront pénitence par la famine. Les raisins pourriront et 
les noix deviendront mauvaises. 

A ce moment, Mélanie n'entend plus rien mais continue de 
voir remuer les lèvres de la Dame qui donne ainsi un secret à 
Maximin. Un instant après, le contraire se produit: Maximin 
voit la Visiteuse parler sans rien entendre parce qu'Elle donne 
un secret à Mélanie. Après quoi, la Messagère reprend pour 
tous deux, en langage prophétique, cette phrase si consolante: 

— S'ils se convertissent, les pierres et les rochers deviendront 
des monceaux de blé et les pommes de terre se trouveront 
ensemencées d'elles-mêmes. 

Et puis, une question: 

— Faites-vous bien votre prière, mes enfants? 

— Pas guère, Madame! répondent franchement les deux 
bergers. 

Et la Dame, doucement, commente: 

— Ah! mes enfants, il faut bien la faire, soir et matin; 
quand vous n'aurez pas le temps, dites au moins un Pater et 
un Ave Maria; mais quand vous le pourrez, dites-en davantage. 



Il ne va que quelques femmes un peu âgées à la messe; les 
autres travaillent le dimanche tout l'été et l'hiver, quand ils ne 
savent que faire, ils vont à la messe que pour se moquer de la 
religion. Pendant le Carême, ils vont à la boucherie comme des 
chiens. 

Pour forcer la confiance non plus des voyants, mais de tous 
ceux qu'Elle aperçoit derrière eux, au cours des années futures, 
Elle cite un petit fait passé, connu d'eux et d'Elle seuls. 

— N'avez-vous jamais vu du blé gâté, mes enfants? 

— Oh! non, Madame, nous n'en avons pas vu. 

Maximin surtout ayant accentué la négation, c'est lui que 
la Visiteuse regarde, en essayant de réveiller ses souvenirs: 

— Mais toi, mon enfant, tu dois bien en avoir vu une fois 
vers le Coin, avec ton père. Le maître du champ dit à ton père: 
"Venez voir comme mon blé se gâte." Vous y allâtes tous les 
deux. Ton père prit deux ou trois épis dans sa main, les froissa, 
et ils tombèrent en poussière. Puis, à votre retour, quand vous 
n'étiez plus qu'à une demi-heure de Corps, ton père te donna 
un morceau de pain en te disant: "Tiens, mon enfant, mange 
encore du pain cette année, car je ne sais pas qui en mangera 
l'année prochaine si le blé continue à se gâter de la sorte." 

Le souvenir réveillé en lui par cette Inconnue qui semble 
tout savoir, Maximin s'écrie: 

— C'est bien vrai! Madame. Je ne me le rappelais pas 
tout à l'heure. 

Et sans doute est-il heureux d'avoir une occasion de parler, 
ce petit étourdi qui, tout en écoutant la mystérieuse Dame, s'est 
amusé à faire rouler des pierres avec son bâton, ce que Mélanie, 
plus respectueuse, lui reprochera par la suite. 

Mais la Belle Dame semble avoir terminé son message. 
Après ce dialogue, déroulé dans une douce familiarité et coupé 
par les remarques des enfants, Elle dit en manière de conclusion 
et en français: 



— Eh bien! mes enfants, vous le ferez passer à tout mon 
peuple. 

Et comme Elle paraît vouloir se remettre en chemin, le 
petit garçon se recule un peu pour se placer à droite de la 
fillette. La Sainte Vierge en effet — puisque nous savons que c'est 
Elle — s'avance lentement du côté de la montée et franchit la 
Sézia qui à cette époque est à sec. Puis, sans se retourner, Elle 
dit une seconde fois, à haute voix, comme pour montrer à quel 
point la recommendation est importante: 

— Eh bien! mes enfants, vous le ferez passer à tout mon 
peuple. 

C'est fini: la Sainte Vierge ne parlera plus. Mais la façon 
dont Elle s'en va vaut encore à elle seule tout un discours. Sans 
toucher le sol dont ses pieds restent éloignés d'environ six 
pouces, et sans faire plier le sommet des hautes herbes, Elle 
glisse à la manière d'une statue qui n'a pas besoin de se pencher 
en avant pour gravir la raide petite côte. Et le chemin qu'Elle 
parcourt a la forme d'un grand S comme celui qui conduisit 
Jésus du Prétoire de Pilate au Calvaire: voilà pourquoi on y 
a érigé un chemin de croix. 

Ravis et curieux de savoir ce qu'Elle va faire, les enfants 
s'élancent à sa suite, Maximin sur ses talons, à droite, et Mélanie 
un peu en avant à gauche. Mais voici que près du sommet, d'où, 
après leur sommeil, les bergers avaient aperçu leurs troupeaux, 
Elle s'arrête, s'élève entre eux à six pieds du sol environ et reste 
suspendue quelques instants entre ciel et terre. Sans remuer la 
tête, Elle lève les yeux et regarde en face d'Elle avec insistance 
vers le Sud-Est, c'est-à-dire vers Rome. 

La Sainte Vierge ne pleure plus, mais son visage garde 
encore une profonde tristesse. Un dernier regard, enfin, sur 
Mélanie, et la Vision se met à "fondre" suivant l'expression des 
enfants, en commençant par la tête ... les épaules ... le corps . . . 



Quand il ne voit plus que les pieds, Maximin, éperdu, 
avance la main pour cueillir au moins l'une des roses des 
souliers . . . Mais sa main reste vide: les roses ont disparu avec 
la Belle Dame et les enfants se retrouvent seuls dans la lumière 
du jour. 

Ainsi eut lieu, dans sa charmante simplicité, l'Apparition 
de la Sainte Vierge sur la montagne de La Salette il y a 100 ans. 
Marie, notre Mère, est venue nous faire connaître tout le mystère 
de ces paroles que lui dit son Fils mourant sur la Croix: 

—Femme, voilà ton fils! 

Désormais, le peuple chrétien l'invoquera avec amour sous 
le vocable de Notre-Dame de La Salette! 

Le secret 

Restés sur place, les deux enfants échangent leurs impres- 
sions : 

— Ça doit être une grande sainte, dit Mélanie. 

— Ah! si j'avais su que ce fût une grande sainte, répond le 
gamin, je lui aurais bien dit de m'emmener avec Elle! 

Et un instant après, faisant allusion au secret: 

— Un moment, Elle a bien tardé de parler. Que disait-Elle 
quand Elle ne disait rien ? 

— Elle m'a dit quelque chose, répond la bergère, mais Elle 
m'a défendu de le dire. 

Maximin ne contient plus sa joie: 

— Ah! je suis bien content! Elle m'a aussi dit quelque chose 
qu'Elle m'a défendu de dire: tu ne le sauras pas. 



Le profil sculpté de l'Obiou au-dessus des nuages 



De cette manière, les enfants apprennent qu'ils ont chacun 
un secret à garder. Et ils le garderont héroïquement, malgré 
toutes les tentatives de corruption, ne faisant exception que pour 
le Saint Père à qui ils l'enverront cacheté! Et le Saint Père, 
Pie IX, en ayant pris connaissance n'en donnera lui non plus le 
texte à personne, mais traduira seulement sa profonde tristesse 
par quelques paroles évocatrices d'un avenir lourd d'angoisse. 

Aux Ablandins 

La Sainte Vierge ayant demandé par deux fois de "le faire 
passer" à tout son peuple, voyons, en une courte revue historique, 
comment ses ordres ont été exécutés. 

Rentrés aux Ablandins et leurs bêtes attachées à l'étable, 
Maximin se précipite auprès de la vieille mère de Baptiste Pra, 



maître de Mélanie, et lui demande à brûle-pourpoint si elle n'a 
pas vu une "Belle Dame tout en feu" passer dans les airs. La 
vieille femme, dont la curiosité est piquée par une telle demande, 
fait entrer le berger dans la maison et l'assaille de questions. 
La bergère raconte à son tour le merveilleux événement. Tout 
le hameau bientôt l'écoute, le commente et s'étonne d'entendre 
les deux petits ignorants répéter dans un français qu'ils ne 
comprennent pas, le long discours gardé miraculeusement dans 
leur mémoire comme un dépôt sacré. 

La bonne grand'mère est la première à comprendre: 

- — Ça doit être la Sainte Vierge qui est apparue, car il n'y 
a qu'Elle au ciel dont le Fils commande! 

Puis s'adressant à Jacques, son plus jeune fils: 

— Tu as entendu ce que la Mère de Dieu a dit à cette 
enfant: va-t-en encore, après cela, travailler le dimanche! 

— Bah, reprit Jacques, je vais croire que cette petite a vu 
la Sainte Vierge, elle qui ne fait pas seulement sa prière! 

Mélanie méritait bien ce reproche, mais ce soir-là elle pria 
longuement. Désormais fidèles à la recommandation de la Belle 
Dame, les deux bergers firent toujours bien leurs prières du 
matin et du soir. 

A La Salette 

Mais c'est M. le Curé de La Salette qu'il faut mettre au 
courant des faits. Le lendemain matin, dimanche, avant la 
messe, les enfants s'en vont donc au presbytère: mauvaise heure, 
car M. le Curé est en train de préparer son sermon, et sa 
ménagère, Françoise, reçoit fraîchement les deux sauvageons: 

— Eh? Que voulez-vous lui dire? Vous savez bien qu'avant 
de parler à M. le Curé, il faut d'abord me le dire à moi! 



— Nous voulons lui dire qu'hier, en gardant notre troupeau 
sur la montagne, nous avons vu une Belle Dame. 

Et le récit de recommencer. 

De l'autre côté de la porte, l'abbé Jacques Perrin, sans se 
montrer, entend tout. Et quand c'est fini, il s'avance avec la 
même foi que la mère Pra pour dire d'une voix enrouée par 
l'émotion: 

— Ah! mes enfants, vous êtes bien heureux, vous avez vu 
la Sainte Vierge . . . Ah ! je leur disais bien à mes paroissiens 
qu'il ne fallait pas travailler le dimanche . . . Qu'allons-nous 
devenir ? . . . 

Le Pasteur semble ainsi regarder l'immédiat avenir, car peu 
de temps après, les mauvaises récoltes, la famine et la mortalité 
infantile justifient les prophéties de Notre-Dame . . . , sans pré- 
judice, hélas, des terribles châtiments universels que nous venons 
de vivre et des malheurs que l'avenir nous réserve, puisque, 
depuis cette époque, nous ne nous sommes pas convertis. 

Le sermon qu'il préparait se ressentira de son bouleverse- 
ment: laissant de côté les phrases prévues, il essaiera d'entretenir 
ses paroissiens de l'Evénement de la veille, sans y parvenir 
autrement qu'avec des larmes et des mots inintelligibles pour 
la partie de l'auditoire non encore au courant des faits. 

Mais bientôt tout le monde, dans le village, ne parle plus 
que de cela. Le même soir, M. Peytard, Maire de La Salette, 
très préoccupé de cette affaire, prend avec lui une belle somme 
d'argent et se rend aux Ablandins pour interroger lui-même les 
bergers. Il ne trouve que Mélanie, puisque Maximin était parti 
pour Corps depuis le matin. 

Il écoute le récit de Mélanie sans l'interrompre. Quand 
elle a fini, il passe à l'attaque. Caresses, promesses, menaces, 
tout est mis en œuvre pour induire la pauvre enfant en erreur 
ou lui faire dire qu'elle n'a rien vu. 



Hameau sur la route de La Sallette 



Peine perdu! Mélanie reste inflexible et calme jusqu'au 
bout. Après trois heures d'un interrogatoire habile et malicieux, 
M. Peytard abandonne la lutte, fort étonné et presque convaincu 
de la véracité de l'événement. 

Le maître de Mélanie, en voyant le Maire si ébranlé, com- 
mence à croire au récit de sa bergère. Il appelle aussitôt ses 
deux voisins, Pierre Selme et Jean Moussier. Devant cette 
commission improvisée, Mélanie recommence son récit. Sous sa 
dictée ces bons montagnards écrivent non sans peine, le premier 
et fidèle document de l'Apparition auquel ils donnent ce titre 
ingénu: "Lettre dictée par la Sainte Vierge à deux enfants sur 
la Montagne de la Salette-Fallavaux." 



A Corps 



Quand le charron Giraud revient du cabaret, le soir du 
20 septembre, il trouve Maximin endormi. Il le réveille pour 
lui demander l'explication de tout ce qu'on dit de lui. Le berger 
se met à raconter l'Apparition. Etonné de l'aisance avec laquelle 
parle son gamin, il l'interrompt: 

— Elle est bien habile la personne qui a pu te mettre si 
vite tant de choses dans la tête, tandis que moi c'est à peine si 
je suis parvenu en trois ans à Rapprendre le Pater et l'Ave Maria. 

Puis, sans vouloir l'écouter davantage, il va se coucher de 
fort mauvaise humeur. 

Le lendemain, de nombreux curieux viennent interroger 
Maximin. Le berger répond volontiers à toutes les questions, 
mais le père voit d'un mauvais œil ces visiteurs. Il gronde dure- 
ment son fils et dans sa colère lui inflige une rude correction. 

Vers le soir arrive le Maire, M. Peytard. 

— Maximin, lui dit-il d'un ton sévère, je ne voudrais pas 
être à ta place ! Tu as répandu un conte qui met le trouble dans 
tous les esprits et qui ne peut entraîner que des suites fâcheuses; 
j'aimerais mieux avoir tué quelqu'un que d'avoir inventé tout 
ce que tu as dit, d'accord avec Mélanie. 

— Inventé! comment voulez-vous que de pareilles choses 
s'inventent? Nous avons dit que ce que nous avons vu de nos 
yeux et entendu de nos oreilles! 

Le Maire, déconcerté par cette réponse et se sentant vaincu, 
se retira. 



En procession de grande fête 



5. Miielicaideâ, divinei, 

La source miraculeuse 

Quarante-huit heures après le passage de la Belle Dame, 
des habitants de La Salette, venus explorer la montagne de 
l'Apparition, constatent avec étonnement que la source, tarie 
au 19 septembre, coule abondamment. Bientôt les pèlerinages 
s'organisent d'eux-mêmes: au premier anniversaire de l'Appa- 
rition une foule de 50,000 personnes prie et chante les gloires 
de Marie malgré le silence de l'autorité diocésaine. 

Depuis l'époque de l'Apparition, la fontaine n'a plus jamais 
tari. Son eau claire a servi, comme celle de Lourdes, à obtenir 
de nombreux miracles, sur place et au loin où l'on continue à 
l'employer. Nous pouvons donc bien l'appeler * 'miraculeuse" et 
en user comme telle. 



Cette eau miraculeuse est devenue un éloquent apôtre qui 
aide à faire passer les enseignements de Marie à tout son peuple. 
Elle figure les flots de grâces que Notre-Dame de La Salette 
répand sur le monde. Les larmes de Marie se sont comme 
mêlées aux eaux de cette fontaine, et c'est pour cela qu'elle opère 
tant de prodiges. 

La croix de Maximin 

Le père de Maximin ne pratiquait plus sa religion. C'était 
moins par impiété que par cette maudite et illogique indifférence 
qui en ce temps-là, comme aujourd'hui, damne tant d'âmes. 

Un soir, dans l'intimité du foyer, il se fait de nouveau 
raconter l'Apparition, mais avant même que son fils n'ait fini, 
impatienté, il ne veut plus rien entendre. 

— Mais, papa, la Belle 
Dame a aussi parlé de 
vous ! 

— Comment, de moi ? 
et que t'a-t-elle dit? 

Maximin lui rapporta 
le passage du discours où 
la Sainte Vierge insista 
qu'il avait bien vu du blé 
gâté à la terre du Coin, 
et que son père lui avait 
donné un morceau de 
pain en disant: 'Tiens, 
mon enfant, mange enco- 
re du pain cette année, car 
je ne sais pas qui en man- 
gera l'année prochaine, si 

Auprès de la source 




le blé continue à se gâter de la sorte." 

Le père de Maximin s'en souvient très bien et sait que 
personne autre que l'enfant n'en a été témoin. Cela l'impres- 
sionne fortement. Le lendemain, il permet à Maximin d'accom- 
pagner sur la Montagne sa belle-mère et une cousine qui souffre 
des yeux. 

Au retour, les pèlerins, tout enthousiasmés, racontent com- 
ment, après s'être lavé les yeux à la Petite Fontaine, la cousine 
éprouva un grand soulagement à ses souffrances. 

M. Giraud croit à l'Apparition. Il gravit à son tour la 
Sainte Montagne et par l'usage de l'eau miraculeuse, obtient la 
guérison de l'asthme dont il souffre depuis plusieurs années. 

En témoignage de reconnaissance, il construit la croix que 
Maximin depuis l'Apparition veut ériger sur la Montagne et 
bientôt il se convertit sincèrement. Maximin, aidé de deux com- 
pagnons, porta lui-même la croix sur la Sainte Montagne et la 
planta sur les lieux de l'Apparition le 22 octobre, 1846. 

Premiers pèlerinages 

Jusqu'au mois de décembre les pèlerins font en grand 
nombre l'ascension de la Montagne. Hommes, femmes, vieil- 
lards, enfants, infirmes, malades, tous bravent la mauvaise saison 
et viennent de très loin pour voir les lieux de l'Apparition et 
entendre les petits bergers. Sur les hauteurs, ils boivent l'eau 
glacée de la Petite Fontaine, prient et pleurent . . . puis re- 
tournent tout heureux à leurs foyers. 

La paroisse de Corps, qui commence déjà à prendre quelques 
pratiques religieuses, a l'honneur d'inaugurer les grands pèle- 
rinages. Le 17 novembre 1846, les membres de la Confrérie 
des Pénitents, accompagnés de beaucoup d'autres personnes, 
sans la participation du clergé que l'ordonnance épiscopale oblige 
à une absolue réserve, se dirigent vers la montagne de La Salette. 



Après plusieurs heures de marche très pénible, le pèlerinage 
atteint enfin le sommet. Sur ce sol vénéré, la foule agenouillée 
prie longuement. Elles sont là environ 600 personnes qui 
s'efforcent de sécher, par leur amour et leur piété, les larmes 
dont leur céleste Mère a paru inondée, sur ces rochers solitaires. 

La Sainte Vierge répond à cette magnifique démonstration 
en son honneur en guérissant une paralytique de Corps, Marie 
Gaillard, infirme depuis 22 ans. 

Pour remercier la Sainte Vierge un autre pèlerinage est 
organisé pour le 28 du même mois. Plus de 1,500 personnes 
avec Maximin et Mélanie à leur tête, gravissent la Sainte 
Montagne. Le temps est affreux et la neige tombe en abondance. 

Tant de foi touche le cœur de Marie. Une femme hydro- 
pique que son mari et son fils ont eu l'héroïque dévouement de 
porter à bras jusqu'aux lieux de l'Apparition, pousse soudaine- 
ment un cri au bord de la Fontaine, où, agenouillée dans la 
neige, elle implorait avec foi et confiance la délivrance de son 
infirmité; c'était une exclamation de joie: elle venait de se sentir 
guérie ! 

Pour témoigner sa reconnaissance à sa Céleste Bienfaitrice, 
elle ôte sur-le-champ la croix d'or qu'elle porte au cou, et la 
suspend à la croix de bois que Maximin avait planté sur la 
Montagne. 

Ce fut le premier ex-voto qui ait été offert à Notre-Dame 
de La Salette. Pour le peuple chrétien était né un nouveau 
sanctuaire à l'honneur de la Sainte Vierge: La Salette! 



La Vierge cheminant au-dessus de la mer des nuages 



La croix de Mélonie 

Mais Mélanie aussi veut avoir sa croix sur la Sainte Mon- 
tagne. Hélas, son père est trop pauvre pour se procurer le bois 
nécessaire. Enfin, la charité intervenant, il peut satisfaire le 
désir de sa fille et lui fabrique une belle et grande croix. 

C'est l'occasion d'un troisième et dernier pèlerinage pour 
cette année. Le 8 décembre les pieux pèlerins, chargés de leur 
précieux fardeau, marchent à travers la neige haute à certains 
endroits de trois pieds. A force de vaillance ils arrivent au 
sommet et plantent la croix à l'endroit où la Belle Dame a parlé 
aux bergers. 

Bientôt 14 petites croix marquèrent le trajet que la Sainte 
Vierge avait parcouru sur la Montagne. La piété des fidèles a 
fait de la Montagne de La Salette un nouveau Calvaire! 




L'esprit d'insubordi- 
nation, le blasphème, 
la profanation du di- 
manche, l'absence de 
toute morfication, l'ou- 
bli de l'abstinence et 
des jeûnes du carême, 
un amour effréné des 
amusements publics et 
des cabarets, les bals 
et les danses publique- 
ment organisés, les sa- 
crements abandonnés 
... tel était l'état reli- 
gieux dans cette région 
des Alpes en 1846 
quand la Sainte Vierge 
vint à La Salette pleur- 
rer sur son peuple. 

Mais les larmes ma- 
ternelles ne furent pas 
répandues vainement. 
Un retour sensible au 
bien commença le jour 
même de l'Apparition 
et augmenta beaucoup à l'occasion des trois pèlerinages de 
1846. Vers Noël, un fâcheux événements secoua fortement ceux 
qui persistaient dans le mal. 

Au milieu de la nuit s'abat sur Corps un ouragan épou- 
vantable. Les maisons sont secouées comme des arbres et les 
tuiles tombent des toits comme des feuilles. En un clin d'oeil, 



Les foules viennent nombreuses 



les demeures sont désertes; tous les habitants réunis sur la place 
publique poussent des cris de détresse, et ils ne se croient en 
sûreté que lorsqu'ils voient au milieu d'eux Maximin et Mélanie 
implorant en faveur du pays, la protection de Celle qui s'est 
montrée à leurs regards. 

Dès lors, les confessionaux furent encombrés. A la messe 
de minuit, cette année-là, plus de 250 hommes reçurent la Sainte 
Communion. L'année suivante, sur une population de 1,500 
âmes que comptait la paroisse de Corps, 30 au plus ne remplirent 
pas leur devoir pascal. 

Les prophéties de Notre-Dame 

Notre-Dame de La Salette obtenait la miséricorde de Dieu 
en faveur des pécheurs mais la Justice Divine allait frapper les 
coups prédits. 

L'hiver de 1846 fut très rigoureux. 

A Noël déjà, il n'y avait plus de pommes de terre sur le 
marché. Le blé se vendait fort cher. Les légumes se gâtaient. 

Le printemps venu, on vit les enfants, les femmes et même 
les hommes courir dans les champs pour y arracher les herbes 
nouvelles afin d'en apaiser leur faim. 

En 1849, dans toute la France, les noix devinrent mauvaises 
et les raisins pourrirent. Vint plus tard la grande famine de 
1870-71. 

En 1847, une mortalité exceptionnelle frappa Corps et ses 
environs. En 1854, près de 15,000 enfants moururent en France 
seulement. Ces petites victimes étaient prises d'un froid intense, 
puis d'un tremblement de tous leurs membres et mouraient après 
deux ou trois heures d'agonie. 

La Sainte Vierge avait prédit: 'Tes pommes de terre con- 
tinueront à se gâter et à Noël il n'y en aura plus ... Il viendra 



une grande famine . . . Avant qu'elle arrive, les petits enfants 
au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront 
dans les bras des personnes qui les tiendront . . . Les raisins 
pourriront et les noix deviendront mauvaises . . ." 

6. Authenticité de V Afip.GAitio*i 

Ni trompés ni trompeurs 

Maximin et Mélanie, fidèles à la mission reçue de la Sainte 
Vierge de faire connaître son message à tout son peuple, le 
racontaient à qui voulait les écouter. Certains esprits préjugés 
ne les croyaient pas; d'autres se moquaient de cette "fable." 
Mais les personnes plus prudentes et plus judicieuses étudiaient 
l'Apparition et priaient, en attendant une déclaration de l'autorité 
ecclésiastique. 

Quant aux bergers, ils n'ont pas été trompés. Certes, ces 
enfants étaient de grossiers campagnards mais normaux au point 
de vue physique; ils avaient de bons yeux et de bonnes oreilles; 
ils possédaient assez de présence d'esprit pour se rendre compte 
de ce qu'ils voyaient et entendaient. 

Ils n'ont pas été induits en erreur par quelque imposture. 
La scène s'est déroulé non dans les ténèbres de la nuit, non dans 
le brouillard du matin ou du soir . . . mais en plein jour, par une 
splendide après-midi d'automne, alors que le soleil brillait de 
tout son éclat, dans un ciel sans nuage. Elle a eu pour théâtre 
non pas un coin bruyant ou caché de la terre, mais une mon- 
tagne . . . absolument découverte et visible en toutes ses parties. 

Les bergers n'ont pas été trompeurs. Ils n'auraient jamais 
pu ni inventer, ni apprendre d'un autre le récit de l'Apparition, 
si hautement théologique et prononcé, en partie, en français. Ils 
ne savaient ni lire, ni écrire, ni parler le français ; ils ne parlaient 
que le dialecte de leur canton ... Ils ignoraient les premiers 



La Grande Paix du cimetière des Missionnaires 



éléments de la religion. Leur mémoire était ingrate à ce point 
que Maximin mit trois ans pour apprendre le Pater et l'Ave 
Maria. Mélanie pouvait à peine retenir six lignes de catéchisme. 

Vraiment, seule une force surnaturelle qui soutenait les 
enfants a pu leur faire répondre, sans se contredire jamais, soit 
personnellement soit mutuellement, aux innombrables questions 
qui leur furent faites sur leur vision, et répondre victorieusement 
à des milliers d'objections qui leur furent présentées par des 
avocats, des juges, des prêtres et des évêques. 

D'ailleurs, on ne saurait trouver une raison pour laquelle 
les bergers auraient voulu tromper les gens. Jamais ils n'ont 
aimé la publicité et l'argent. Maximin mourut très pauvre. 
Mélanie vécut de charité. Il faut conclure que le témoignage 
des petits bergers est digne de foi. 



Lo voix de l'Eglise 



Le Curé de Corps n'avait pas tardé à mettre l'Evêque de 
Grenoble au courant de tout ce qui se passait sur la montagne 
de La Salette. Immédiatement, Mgr Philibert de Bruillard 
adressa une circulaire au clergé de son diocèse, par laquelle il 
défendait à tous ses prêtres, sous peine de suspense, de parler 
en chaire de l'Apparition. Il déclara très imprudent de vouloir 
autoriser la croyance à cet événement avant de l'avoir étudié à 
fond. 

Dès le mois de décembre de cette année 1846, il nomma 
deux commissions pour conduire une enquête sérieuse sur l'Ap- 
parition; une était composée des chanoines de la cathédrale, 
l'autre des professeurs du séminaire. 

L'année suivante il chargea deux saints et savants prêtres 
de s'enquérir de tous les miracles obtenus par l'intercession de 
la Vierge de La Salette. 

Enfin, ce ne fut qu'après cinq ans de prières, de mûres 
réflexions, de recherches, d'informations et de discussions que 
Mgr de Bruillard, après en avoir soumis le manuscrit à Rome, 
publia son mandement doctrinal daté du 19 septembre 1851. 

Dans ce mandement, l'Evêque diocésain, à qui seul il reve- 
nait de droit de se prononcer sur le fait surnaturel, déclare: 

1. — "Nous jugeons que l'Apparition de la Sainte Vierge 
à deux bergers, le 19 septembre 1846, sur une montagne de la 
chaîne des Alpes, située dans la paroisse de La Salette de l'ar- 
chiprêtré de Corps, porte en elle-même tous les caractères de la 
vérité, et que les fidèles sont fondés à la croire indubitable et 
certaine. 

2. — "Nous croyons que ce fait acquiert un nouveau degré 
de certitude par le concours immense et spontané des fidèles sur 
le lieu de l'Apparition, ainsi que la multitude des prodiges qui 



ont été la suite du dit événement, et dont il est impossible de 
révoquer en doute un très grand nombre, sans violer les règles 
du témoignage humain. 

3. — "C'est pourquoi, pour témoigner à Dieu et à la glo- 
rieuse Vierge Marie notre vive reconnaissance, nous autorisons 
le culte de Notre-Dame de La Salette. Nous permettons de le 
prêcher et de tirer les conséquences pratiques et morales qui 
ressortent de ce grand événement/' 

La mission des bergers était finie ! En reconnaissant comme 
authentique l'Apparition de la Sainte Vierge à La Salette, 
l'Eglise se faisait la dépositaire et le héraut du message de la 
Mère de Dieu. N'empêche que les bergers, jusqu'à leurs derniers 
soupirs, racontèrent toujours gracieusement, à qui voulut les 
entendre, le discours que leur avait dit la Belle Dame, le 19 
septembre 1846. 

Aujourd'hui certains reprochent à Maximin et à Mélanie 
de n'avoir pas mené une sainte vie, à l'égal d'autres voyants; 
on ira jusqu'à dire qu'ils "auraient mal tourné" quand la réalité 
est bien différente. 

Mélanie, après plusieurs essais de vie religieuse que ni sa 
santé, ni son caractère ne lui permirent de poursuivre, se retira 
en Italie où elle vécut et mourut très pieusement en 1904, laissant 
à tous ceux qui la connurent une impression d'austère vertu. 

Quant à Maximin, s'il eut une existence plus mouvementée, 
elle n'en fut pas moins pure. Lui aussi fit un essai de séminaire, 
mais peu apte à poursuivre des études, il dut y renoncer. Rentré 
dans le monde, il occupa diverses situations et s'engagea dans 
les zouaves pontificaux pour défendre le Saint Père. Toute sa 
vie s'écoula irréprochable et sa mort, à Corps, en 1875 fut, 
comme celle de Mélanie, des plus édifiantes. 



Haute solitude hivernale 



Le sceau divin 

Le miracle est un critérium infaillible pour reconnaître le 
caractère surnaturel d'un événement. Dieu seul peut faire un 
miracle parce que seul II peut déroger aux lois de la nature. 

Si donc il y a un seul miracle en faveur de l'Apparition de 
La Salette, c'est une preuve décisive de son authenticité. Or, 
c'est par centaines que l'on peut compter les miracles, tant dans 
l'ordre physique que dans l'ordre moral, opérés par l'intercession 
de la Sainte Vierge, invoquée sous le vocable de Notre-Dame 
de La Salette. 

Mgr Philibert de Bruillard dans son célèbre mandement 
doctrinal de 1851 parlait déjà d'un grand nombre de guérisons 
miraculeuses reconnues comme vraies par les évêques des dio- 
cèses où elles furent opérées. 



Trois ans seulement après l'Apparition, M. l'abbé J.-M. 
Perrin, frère et vicaire du curé de La Salette, disait pouvoir 
prouver, documents en main, que plus de 500 guérisons avaient 
été obtenues par l'intercession de Notre-Dame de La Salette. 

M. l'abbé Rousselot, dans ses rapports sur l'Apparition, 
mentionne plus de 50 miracles. Le Père Berthier, M. S., dans 
son livre "Les Merveilles de N.-D. de La Salette" en décrit 
environ 40. Le Père Bossan, M. S., archiviste du Sanctuaire de 
La Salette pendant quelque temps, porte le nombre de miracles 
obtenues à plusieurs milliers. Mgr Giray, Evêque de Cahors, a 
publié dans "Les Miracles de La Salette," en deux volumes, une 
savante étude sur un grand nombre de miracles. 

Ces miracles furent obtenus, souvent très loin de la Sainte 
Montagne, quelquefois par l'usage pieux et confiant de l'eau 
de la "fontaine miraculeuse," mais toujours en vertu des prières 
adressées à la Sainte Vierge sous le titre de Notre-Dame de La 
Salette. 

Il importe aussi de noter que plusieurs des faveurs obtenues 
furent explicitement demandées comme preuve de la véracité du 
témoignage de Maximin et de Mélanie. Ce fut le cas du Saint 
Curé d'Ars. A la suite d'un malentendu, "l'incident d'Ars," qui 
le tortura pendant sept ans, M. Vianney demanda à la Sainte 
Vierge des preuves sur la réalité de son Apparition à La Salette. 
Il les obtint et se fit l'ardent apôtre de la Vierge en pleurs. 

C'est donc la Mère de Dieu qui est apparue sur la montagne 
de La Salette, le 19 septembre 1846. Dieu veut tout pour le bien 
et la vérité, rien pour le mal, rien pour l'erreur; Il ne saurait 
employer sa toute-puissance, ni en faveur d'une injustice, ni en 
faveur d'une illusion. 



7. A la (fictive de Ma>Uz 

La basilique 

Le mandement doctrinal de l'Evêque de Grenoble reçut un 
accueil des plus favorables. L'Osservatore Romano, journal 
officiel du Vatican, le rapporta en entier et en peu de temps la 
presse catholique le répandit par tout le monde. 

Sur la Sainte Montagne, les pèlerins affluaient en nombre 
toujours croissant. La construction d'une église s'imposait. 

Mgr de Bruillard laissa aux clients de Notre-Dame de La 
Salette le soin de lui élever un sanctuaire. Ceux-ci, de tous les 
coins du monde, répondirent avec une telle générosité que dès 
le 25 mai de l'an 1852, en pré- 
sence de 15,000 pèlerins, la 
première pierre de la future 
basilique fut bénie. La cérémo- 
nie fut présidée par Mgr de 
Bruillard lui-même qui, malgré 
son grand âge et sa santé pré- 
caire, se fit porter sur la Sain- 
te Montagne. Sur ces hauteurs, 
perdues dans les nuages, sur- 
git une Basilique grandiose . . . 
témoignage éternel de la foi 
profonde en la Vierge de La 
Salette. 

La majestueuse Basilique ro- 
mano-byzantine, flanquée de 
deux tours carrées, peut conte- 
nir plus de 2,000 personnes. A 
l'intérieur, trois nefs aboutis- 
sent à l'autel en marbre de Car- 
rare et à une abside aux murs 

Notre-Dame parée de neige 
Intérieur de la basilique 




tapissés d'ex-votos. Le maître-autel est surmonté de la statue 
de la Vierge, couronnée en 1879 par le légat de Sa Sainteté, 
Léon XIII, Son Eminence le cardinal Guibert, archevêque de 
Paris. La chaire, en harmonie avec l'église, est une cuve hexa- 
gonale dont le médaillon central représente la Vierge en con- 
versation avec les enfants; chaque face abrite des bas-reliefs re- 
marquables par le fini de leurs sculptures; et l'ensemble laisse 
une impression de beauté à la fois hardie et délicate à laquelle 
ajoutent les vitraux et les orgues. 

En pèlerinage 

Chaque matin, un des Pères y guide les visiteurs et leur 
ouvre, à la sacristie, le Trésor. On y vénère la pierre sur laquelle 
Notre-Dame s'est assise et qu'on a retirée du lieu de l'Apparition 
pour la soustraire aux pieuses dépradations. De cette pierre 

Jeunesse de France à La Salette 



s'exhale comme une vertu secrète, quelque chose de divin qui 
pénètre et touche l'âme. Elle est vraiment la pierre fondamentale 
de cette imposante Basilique qui est un des plus beaux poèmes 
et l'une des pages les plus éloquentes écrites par le christianisme 
à la gloire de Marie. 

C'est dans cette Basilique que la vie de piété réunit les 
pèlerins d'une manière familiale et recueillie. Les messes s'y 
déroulent le matin, et la prière publique le soir. Entre temps, 
chaque pèlerinage y prie ou y suit, à son gré, les prédications. 
On y écoute les avis intéressant tout le monde. 

Au dehors, en face du grand portail, se trouve le petit 
cimetière où reposent les premiers missionnaires, parmi lesquels 
le Père Giraud, le grand apôtre de la sanctification du clergé, 
dont les livres prolongent l'œuvre dans les monastères comme 
dans les séminaires. 

A droite, l'inévitable mais très discret * 'magasin d'objets 
de piété." Au fond de la Basilique, à droite et à gauche, les 
hôtelleries des dames et des messieurs, pouvant contenir nor- 
malement 800 pèlerins. Et c'est tout. Point de village, ni 
d'auberges, ni d'éventaires. 

Le point central du pèlerinage est le lieu sacré de l'Appa- 
rition. C'est là qu'un Père Missionnaire fait à la foule, ramassée 
autour des grilles qui enserrent le chemin parcouru par la Vierge, 
l'émouvant récit de l'Apparition. C'est là qu'on prie, seul ou en 
groupes; là on égrène paisiblement son chapelet; là, tous les 
vendredis, on fait solennellement le chemin de la croix. Et c'est 
là que se rassemble le soir, à la nuit tombée, la procession aux 
flambeaux . . . 

Souvent, au cours des pèlerinages, on évite les excursions, 
par crainte d'y perdre son recueillement. La Salette fait ex- 
ception sur ce point. Partout, si l'âme reste attentive, elle peut 
rencontrer Dieu dans la majesté, la beauté et l'austérité de ses 



œuvres. Et si d'aventure, on se trouve sur la Montagne à l'époque 
d'une "mer de nuages," l'inoubliable impression d'immensité 
reste dans le souvenir comme un attrait de plus sur ces sommets 
bénis. 

Les Pères Missionnaires 

Les deux voyants avaient pour mission de "faire passer" 
le Message. Mais lorsqu'ils s'en furent déchargés en le confiant 
à l'Eglise, on peut se demander comment celle-ci s'en acquitta à 
son tour? La réponse est facile en passant une rapide revue de 
l'activité de l'Institut religieux fondé à cet effet: les Mission- 
naires de Notre-Dame de La Salette. 

"Quelque importante que soit l'érection d'un sanctuaire, 
écrivait Mgr de Bruillard en 1852, il est quelque chose de plus 
important encore: ce sont des ministres de la religion destinés 
à le desservir, à recueillir les pieux pèlerins, à leur faire entendre 
la parole de Dieu, à exercer envers eux le ministère de la ré- 
conciliation, à leur administrer l'auguste sacrement de nos autels, 
et à être pour tous les dispensateurs fidèles des mystères de Dieu 
et des trésors spirituels de l'Eglise. Ces prêtres seront appelés 
Missionnaires de Notre-Dame de La Salette; leur création et leur 
existence seront, ainsi que le sanctuaire lui-même, un monument 
éternel, un souvenir perpétuel de l'Apparition de Marie." 

Aussi, à côté de la Basilique en pierre surgit un monument 
plus noble, celui des cœurs. Et c'est Mgr Philibert de Bruillard, 
évêque de Grenoble à l'époque de l'Apparition, qui songea à 
réunir autour de la Vierge de la Montagne un corps de Mission- 
naires, destinés à transmettre à la foule le Message céleste. Son 
successeur, Mgr Ginouillac, reçut les vœux des premiers re- 
ligieux le 2 février 1858; et pendant les vingt premières années, 
le nouvel Institut se recruta surtout parmi le clergé diocésain. 



Séminaire de X.-D. de La Salette à Enneld, N. H. 



Héroïque fut la vie de ces pionniers vivant en des baraques de 
planches et ayant tout à faire pour organiser le pèlerinage! 

Dès 1876, les Missionnaires ouvrirent sur la Montagne 
même une première école destinée à la relève, de sorte que, 
bientôt, la poignée d'apôtres du début devint une petite armée. 

Mais la persécution de 1901 chasse les Pères et le sanctuaire 
est repris en main par l'autorité diocésaine . . . Etait-ce la fin 
des Missionnaires? Au contraire, Notre-Dame se servit de ces 
circonstances apparemment adverses pour mieux répandre son 
Message. Car les religieux exilés à l'étranger en profitèrent pour 
propager à travers le monde le récit de l'Apparition et la dé- 
votion à Notre-Dame de La Salette, Réconciliatrice des pécheurs. 
Ainsi se réalisait la prophétie du Curé d'Ars au Père Archier, 
premier Supérieur Général de l'Institut: "La Salette fait beau- 
coup de bien, mais elle en fera davantage encore; et plus tard 
elle en fera partout et de plus en plus. La Sainte Vierge vous 
donnera une belle œuvre à commencer: travaillez-y toujours 
avec courage. Elle grandira et, un jour, vos successeurs auront 
des sujets dans toutes les parties du monde." 

C'est ainsi qu'en effet l'Institut compte aujourd'hui des 
Maisons non seulement en France, en Belgique, en Angleterre, 
en Suisse, en Italie, en Pologne, mais dans les deux Amériques, 
en Afrique et en Asie. Au témoignage du Cardinal-Préfet de la 
Propagande, à Rome, la Mission de Madagascar constitue l'une 
des plus belles réalisations apostoliques qui soit au monde. En 
six Provinces canoniquement érigées, ayant chacune: école apos- 
tolique, noviciat et scolasticat, la Congrégation est en voie 
d'atteindre bientôt le millier de sujets profès. Mais la valeur 
vaut mieux que le nombre; et c'est à bon droit qu'elle s'honore 
d'avoir compté parmi ses membres un Père Berthier, missionnaire 
infatigable, auteur de nombreux ouvrages et fondateur, à son 
tour, de l'Institut de la Sainte Famille ... un Père Giraud 
qu'Henri Brémond tenait pour "l'un des plus grands spirituels 



Intérieur de la chapelle à Enfield 



du XIXe siècle" et dont l'œuvre écrite continue à faire autorité 
et à rayonner sa profonde influence dans le monde religieux 
actuel. 

Récemment, la Montagne a retrouvé ses Missionnaires re- 
venus d'exil. Son Excellence, Mgr Caillot, évêque de Grenoble, 
leur a remis le Sanctuaire par décision du 19 septembre 1942; 
et, quelques mois après, pour la première fois, la Basilique 
retentit du chant de l'Office et de la Messe de Notre-Dame de 
La Salette, Réconciliatrice des pécheurs, accordée par Rome à 
ses Missionnaires. 

La Congrégation comprend aussi, sous le nom de Frères 
Coadjuteurs, des membres laïques. Ceux-ci émettent les mêmes 
vœux de religion que les Pères et s'adonnent aux travaux manuels 
dans les Séminaires ou aux missions étrangères. Vie humble et 
héroïque mais vie pleine de mérites et de paix! 

Autour de La Salette se sont également constituées non 
seulement des œuvres nombreuses de réparation et de sanctifica- 
tion comme l'Archiconfrérie, mais aussi plusieurs branches de 
religieuses contemplatives ou actives dont récemment en France 
les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame de La Salette. 

Province de Coeur Immaculée de Marie 

Les Missionnaires de N.-D. de La Salette arrivèrent aux 
Etats-Unis en 1892 et s'établirent à Hartford, Conn. Les pre- 
miers Pères connurent toutes les épreuves que rencontrent les 
pionniers d'une œuvre que Dieu veut belle et grande. En 1932, 
Hartford fut érigé en Province canonique sous le nom de "Pro- 
vince de N.-D. des Sept Douleurs." Cette Province florissante 
compte aujourd'hui des Séminaires, des collèges, de nombreuses 
paroisses et une mission étrangère en Birmanie. Dieu seul con- 
naît le bien immense que la Province Américaine est appelé à 
faire aux Etats-Unis! 



Collège à Enfield 



Pour faire connaître plus efficacement le message de La 
Salette parmi les Franco-Américains et les Canadiens, le Sé- 
minaire d'Enfield, N. H., fut fondé en 1927. L'œuvre fut si 
"miraculeuse" et prospéra si bien qu'Enfield devint, dès 1938, 
la Maison-Mère de la nouvelle Vice-Province Franco-Américaine. 

Mais bientôt, la fondation d'un Scolasticat s'imposait. Son 
Excellence, Mgr James E. Cassidy, de Fall River, dont le nom 
demeurera immortel dans les annales de La Salette, accepta les 
Pères dans son diocèse en 1942 et leur permit l'achat d'un 
édifice grandiose à Attleboro, Mass. Dès les premières heures, 
le Séminaire d'Attleboro, comme celui d'Enfield, fut favorisé du 
ciel par des bénédictions singulières et reçut un encouragement 
on ne peut plus cordial des membres du clergé et de nombreux 
amis. 

Notre-Dame de La Salette, cependant, préparait à ses Mis- 
sionnaires privilégiés une nouvelle et magnifique fondation. 
Avec Enfield dans les montagnes et Attleboro à la porte de 
quatre diocèses, il ne manquait plus que la mer! Le Cape Cod 
répondait parfaitement aux desseins de la Providence et aux 
goûts de chacun! Vers la fin de l'année 1944, la charité d'in- 
signes bienfaiteurs permit d'établir le Noviciat à East Brewster, 
Mass., dans une magnifique résidence dominant l'océan. Devant 
ces faits, qui ne peut reconnaître le doigt de Dieu ? 

Rome ne tarda pas à le reconnaître! Le 19 septembre 1945 
fut publié le décret du Saint-Siège érigeant la Vice-Province 
d'Enfield en Province régulière ayant le nom de ' 'Province du 
Cœur Immaculé de Marie." Cette décision de Rome est pour la 
Nouvelle Province Franco- Américaine un gage de reconnaissance 
pour les efforts passés et un bel encouragement pour l'avenir! 



Noviciat de N.-D. de La Salette à E. Brewster, Mass. 



Attention! Jeunes gens! 



Le but spécial de la Congrégation des Missionnaires de 
Notre-Dame de La Salette est de combattre les crimes de l'épo- 
que, à savoir: la profanation du dimanche, le blasphème, le 
manque de pénitence et l'oubli de la prière. A cette fin les 
Missionnaires prêchent des missions de paroisses, desservent des 
sanctuaires, surtout ceux qui sont dédiés à N.-D. de La Salette 
et se dévouent aux Missions Etrangères. 

Les jeunes gens qui désirent devenir Missionnaires de N.-D. 
de La Salette commencent leurs études au Séminaire d'Enfield, 
N. H. Pendant six ans ils suivent le cours classique; quatre 
années de Haute-Ecole et deux ans de Collège. Ils sont ensuite 
admis au Noviciat, à East Brewster, Mass., où pendant un an 
ils se façonnent à l'esprit et aux pratiques de la vie religieuse. 
Après leur profession religieuse, les futurs missionnaires se 
rendent au Séminaire d'Attleboro, Mass., où ils étudient pendant 
six autres années la philosophie et la théologie. Si le bon Dieu 
vous appelle, la Vierge de La Salette vous donnera le courage 
pour devenir un jour son Missionnaire! 

S. Jla dévotion a At.-?b. de Jla Salette 

Réconciliatrice des pécheurs 

La dévotion à Notre-Dame de La Salette est répandue dans 
le monde entier. Mgr Dupuch, évêque d'Alger, disait déjà en 
1855, lors de son ascension à la Sainte Montagne: "Le pèlerinage 
privilégié où Marie, notre divine Mère, est venue faire entendre 
à son peuple ses plaintes et ses avertissements, n'est pas seule- 
ment une dévotion locale, mais c'est un arbre majestueux dont 
les rameaux protecteurs doivent abriter l'univers entier. Voilà 
le cachet particulier de l'œuvre de La Salette: c'est une œuvre 
éminemment catholique." 

Séminaire de N.-D. de La Salette à Attleboro, Mass. 



Dévotion universelle, elle tire aussi son excellence des 
principes de vie et de force qu'elle offre au monde entier. Un 
esprit de révolte, d'indépendance absolue et d'égoïsme a envahi 
la société moderne. C'est un mal qui ronge la vie du corps 
social et qui enfantera encore les plus terribles catastrophes. 

Marie à La Salette vient avertir la société coupable. Par 

ses paroles et par ses larmes Elle fait un appel pressant à tous 

les âges et les invite tous à la soumission, à la pénitence, à la 
réconciliation . . . avec Dieu et avec l'Eglise. 

De plus, Marie, à La Salette, (qu'on nous permette ce mot) 
c'est Marie tout entière, telle qu'Elle apparaît dans l'Evangile, 
telle que la tradition et la théologie catholique nous la montrent, 
telle, en un mot, que Dieu a voulu qu'Elle soit à la place sans 
pareille qu'Elle occupe dans le plan divin. 

En effet, considérons de près, un instant, la Sainte Appa- 
rition. Ne reconnaissons-nous pas Marie de Nazareth dans la 
Vierge modeste, humble, cachée aux regards des hommes, parlant 
un langage qui est celui du' peuple, portant un costume dont la 
forme est austère, et choisissant de préférence la compagnie des 
humbles, des petits et des pauvres? 

Ensuite, ne reconnaissons-nous pas dans cette Mère qui 
pleure, qui porte la croix de Jésus, qui prie sans cesse pour ses 
enfants coupables, la Mère affligée du Calvaire? Nest-Elle pas 
Celle que l'Eglise nous représente dans le mystère de la douleur, 
tout inondée de ses larmes, Celle dont les saints Pères nous 
disent qu'Elle était Elle seule la véritable croix, le véritable autel 
sur lequel Jésus s'immolait, et qui devint en ce jour de notre 
Rédemption, notre Mère à tous, la Mère des justes et des 
pécheurs ? 

Et puis, n'est-Elle pas encore ici telle qu'Elle apparaît dans 
la tradition, après l'Ascension du Sauveur, pleine de sollicitude 
et de charité pour l'Eglise qui est son peuple? 



Notre-Dame montant dans la lumière 



Enfin, nous voyons là notre Mère comme les anges la 
contemplent au ciel. Elle est la puissante Médiatrice qui inter- 
cède sans cesse pour nous, la divine Gardienne des trésors 
célestes, la libérale Dispensatrice des grâces, la douce Providence 
du monde, la Reine miséricordieuse qui tient entre ses mains 
les intérêts de ses enfants, les intérêts de la vie présente comme 
ceux de l'éternité! 



Témoignage des saints 



Les saints et les grands missionnaires des siècles passés 
ont tous reçu à La Salette une confirmation non-équivoque de 
leur mission: la réconciliation des hommes avec Dieu. 

Dans leur dévotion à la Vierge en Pleurs, ils ont puisé la 
grâce et la force de braver toutes les tempêtes afin d'assurer le 
règne de Jésus dans les cœurs. Ils se sont mis au service de 
N.-D. de La Salette et se sont faits ses apôtres dans leurs milieux. 

C'est ce qu'écrivait le Bienheureux Eymard sur le registre 
des pèlerins, le 18 août 1852: "J'ai eu le bonheur de proclamer 
le premier, à Lyon, le fait miraculeux de l'Apparition et je suis 
heureux de venir aujourd'hui baiser avec amour et reconnaissance 
cette terre bénie, cette montagne de salut." 

On lit aussi dans les "Mémoires Biographiques de Saint 
Jean Bosco" que la fête de l'Immaculée Conception de 1846 "fut 
surtout réjouie par le bruit d'une apparition de la Madone sur 
la montagne de La Salette en France." Cette apparition devint 
le thème favori de Don Bosco, qu'il répéta des centaines de 
fois, non seulement pour réveiller dans l'esprit de ses jeunes 
gens l'idée du monde surnaturel, la dévotion et la confiance en 
Marie très sainte, mais surtout pour leur inculquer la haine des 
trois péchés qui allument la colère de Jésus-Christ et font tomber 
sur les hommes de terribles châtiments: le blasphème, la pro- 
fanation des fêtes, l'oubli du jeûne et de l'abstinence. Don 
Bosco attachait à l'Apparition de La Salette une telle importance 
qu'il raconta ce fait miraculeux en deux opuscules imprimés, en 
des années différents, au nombre de plus de 50,000 exemplaires. 

Le Saint Curé d'Ars aussi fut un fervent dévot de N.-D. 
de La Salette, comme nous l'avons fait remarquer plus haut. 
Enfin, toute une pléiade de saints personnages ont été les apôtres 
fervents de la diffusion du Message de Notre-Dame ou ont 
imprimé de sa spiritualité leurs familles religieuses. 



Coucher du soleil dans la grande paix du soir 



Le Saint-Siège 

Pie IX par sept rescrits, brefs et induits enrichit de nom- 
breuses faveurs spirituelles cette dévotion, ainsi que le Sanctuaire 
et l'Archiconfrérie. A un officier français qui lui parlait un jour 
de l'Apparition, Pie IX affirmait que "le pèlerinage de La 
Salette est dune grande authenticité et plein d'espoir!" A une 
autre occasion il prononça ces paroles qui révélèrent sa piété 
envers la Vierge de La Salette: "J'aime cette dévotion et je suis 
heureux qu'elle se répande." 



En 1879 Léon XIII éleva l'église du Sanctuaire au rang de 
Basilique Mineure et autorisa le couronnement de la statue de 
N.-D. de La Salette. En 1888 il dit à un Missionnaire de N.-D. 
de La Salette qui lui demandait de bénir son crucifix: "Oh, de 
grand cœur! Nous bénissons La Salette, tout ce qui est de La 
Salette." 

Pie X, dans une audience en 1903, prononça ces paroles 
encourageantes en bénissant le crucifix du Très Révérend Père 
Supérieur Général de la Congrégation: "Afin de vous aider à 
bien supporter toutes vos croix actuelles." 

En 1916, Benoît XV disait combien cette chère dévotion de 
la divine Réconciliatrice lui paraissait légitime et bienfaisante. 

Pie XI aussi se montra favorable et surtout très prodigue 
envers la dévotion à N.-D. de La Salette. En 1933 il augmenta 
de beaucoup les indulgences du l 'Souvenez-vous" et de l"Tnvo- 
cation." En 1934 il proclama N.-D. de La Salette patronne 
spéciale de la Congrégation et en fixa la fête au 19 septembre. 

Enfin, les nombreuses indulgences que Notre Saint-Père le 
Pape, Pie XII, vient d'accorder à l'occasion du centenaire de 
l'Apparition sont une preuve non-équivoque de son attachement 
à La Salette. Le Saint-Père répondait aussi récemment à une 
lettre du T. R. P. Général de l'Institut: "Notre dévotion envers 
la Très Sainte Vierge, au Cœur Immaculé de laquelle Nous 
avons consacré l'Eglise et le monde, ne peut que se dilater devant 
les douces perspectives que votre lettre nous laisse entrevoir du 
prochain Centenaire de l'Apparition de Notre-Dame de La 
Salette . . . C'est bien volontiers que Nous adressons à cet égard 
Nos vœux et Nos encouragements paternels aux chers Mission- 
naires de Notre-Dame de La Salette, dans la douce confiance 
que la Très Sainte Vierge voudra en retour leur obtenir, pour la 
fécondité de leur multiple ministère et jusque sur leurs champs 
d'apostolat les plus durs et les plus lointains, une grande abon- 



Pendant le récit de l'Apparition 



ciance de grâces et de consolation . . . Nul doute, non plus, que 
la célébration de ce Centenaire ne contribue fort à propos, par 
un regain de ferveur spirituelle, au relèvement d'un monde 
encore si bouleversé par les suites de la guerre . . . Aussi est-ce 
de tout cœur que Nous souhaitons un complet et surnaturel 
succès à ces solennités jubilaires, et que Nous vous envoyons, 
ainsi qu'à vos chers fils, comme à tous ceux qui y collaboreront 
par leurs prières, leurs œuvres et leurs générosités, en gage des 
meilleures récompenses célestes, la Bénédiction Apostolique." 



i 



La Vierge pleure encore . . • 

L'apparition de Marie à La Salette, en 1846, était nécessaire 
pour combattre le mal effroyable de ce temps-là. Un esprit d'in- 
dépendance, de révolte et d'indifférence religieuse soufflait sur 
le monde entier. La profanation du dimanche, le blasphème, 
l'oubli de la prière et de l'abstinence étaient des péchés à la 
mode. Des doctrines nouvelles et impies minaient sournoise- 
ment les principes de vie chrétienne et catholique. Le maté- 
rialisme et un nouveau-paganisme ébranlaient la société jusque 
dans ses fondements. 

Une situation si lamentable exigeait un redressement im- 
médiat. Dans son grand amour pour son peuple, Marie vint à 
La Salette. Par ses menaces de malheurs, par ses promesses de 
récompenses et par ses larmes maternelles, Elle rappela ses 
enfants au devoir. Mais le monde de 1846 n'écouta pas la Mère 
de Dieu. Il refusa de voir tout ce qu'il y avait de grâce et de 
salut dans le message de la Vierge en pleurs. Mais l'histoire a 
déjà prouvé combien cher le monde a payé pour être resté sourd 
aux avertissements de Marie et pour avoir refusé de se soumettre 
à Dieu et de se réconcilier avec l'Eglise. 

Il semble que rien ne peut nous effrayer et nous convertir 
si ce n'est le châtiment de Dieu! Et même alors, combien sérieuse 
et durable est notre conversion ? Cent ans se sont écoulés depuis 
que la Sainte Vierge est venue pleurer à La Salette. Cent ans, 
ce n'est rien au regard de Dieu . . . surtout quand on sait que 
les péchés de 1846 sont encore les péchés de 1946! Aujourd'hui, 
plus que jamais, on manque pour un rien à la messe du diman- 
che, on travaille le dimanche sans nécessité, on blasphème sans 
peur le nom de Dieu, on se moque de la prière, on oublie 
commodément les lois du jeûne et de l'abstinence, en un mot, 
on refuse sans inquiétude de se soumettre à Dieu et à son 
Eglise . . . 



y 





Le salut par la prière 



Si la Sainte Vierge apparaissait aujourd'hui pour nous re- 
procher nos péchés, n'est-il pas vrai qu'Elle pourrait nous répéter, 
mot à mot, son Message de 1846? N'est-il pas vrai que Marie 
pleurerait encore amèrement sur nous, à cause de nos péchés? 
N'est-il pas vrai aussi que les Curés de nos paroisses ont bien 
raison, en constatant la diminution de la foi dans le âmes, de 
répéter après le pieux Curé de La Salette: "Qu'allons-nous 
devenir?" 

Tout cela doit nous faire réfléchir ... Si les reproches et 
les larmes de Marie à La Salette sont en vain pour nous, des 
grands malheurs nous attendent et pour cette vie et pour l'éter- 
nité! Le bonheur actuel et le salut éternel dépendent de notre 
soumission à Dieu et de notre amour pour la Sainte Vierge. Ces 
grâces nous seront accordées si nous les demandons avec con- 
fiance dans la prière. La prière! voilà le remède à tous nos 
maux. Si le flot du mal a pris partout des proportions si 
effrayantes, c'est parce que le niveau de la prière a tant baissé! 
C'est parce que les enfants sont élevés sans la prière! C'est parce 
que dans les foyers, on ne s'agenouille plus devant le crucifix de 
famille pour y prier le Père qui est aux cieux! C'est la prière 
de Marie qui retient le bras appesanti de Jésus; c'est notre 
prière fervente qui nous conservera la bienveillance de Marie. 

Faites-le passer 

Ces quelques pages vous ont fait connaître Notre-Dame de 
La Salette. Puissent-elles aussi vous faire aimer cette Vierge 
en pleurs et vous persuader à la prier avec amour et confiance. 

Quelle douce joie serait la nôtre, pendant cette Année 
Jubilaire, de gravir la Montagne de La Salette pour baiser avec 
amour cette terre bénie, pour goûter, presque sensiblement, sur 



les lieux de l'Apparition, la présence de Marie. Mais l'amour 
ne connaît pas de distance . . . Rien ne nous empêche alors de 
porter "La Salette" dans nos cœurs, de prier avec ferveur Celle 
qui pleure, de sécher ses larmes par une vie plus chrétienne, de 
devenir l'apôtre du Message de la Vierge, de réaliser autour de 
nous la dernière recommandation de Notre Dame: "Eh bien! 
mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple!" 

René R. Sauvé, M. S. 



Notre vive gratitude aux Missionnaires de N.-D. de La Salette de France 
à qui nous sommes beaucoup redevables de cette brochure. 



Souvenez-vous de N.-D. de La Salette 



Souvenez-vous, ô Notre-Dame de La Salette, véritable 
Mère de douleurs, .des larmes que vous avez versées pour 
moi sur le Calvaire; souvenez-vous aussi de la peine que 
vous prenez toujours pour moi, afin de me soustraire à la 
justice de Dieu; et voyez si, après avoir tant fait pour votre 
enfant, vous pouvez maintenant l'abandonner. Ranimé 
par cette consolante pensée, je viens me jeter à vos pieds, 
malgré mes infidélités et mes ingratitudes. Ne repoussez 
pas ma prière, ô Vierge Réconciliatrice, mais convertissez- 
moi, faites-moi la grâce d'aimer Jésus par-dessus tout, et 
de vous consoler vous-même par une vie sainte pour que 
je puisse un jour vous voir au Ciel. Ainsi soit-il. 

(500 jours d'indulgence, Pie XI) 



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